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Leggendo questo saggio di Cavour non si può non riconoscere che il personaggiofosse dotato di una straordinaria capacità politica di mettere in connessione gli eventi. Il testo di Petitti sulle ferrovie, per il conte, è solamente un pretestoper tracciare una panoramica sui progetti inerenti le strade ferrate dei vari stati italiani e le prospettive che si aprivano sia percollegare le città che per incentivare spostamento e vendita di merci. Siamo negli anni quaranta e le Due Sicilie erano ben addentro al dibattito ed ai progetti di costruzione delle strade ferrate. Se si legge il testo senza tener conto della data di pubblicazione nonsembra che si parli di una penisola suddivisa in tanti staterelli. Indubbiamente Cavour si presentava come uno degli uomini più lungimiranti della borghesia in ascesa. Il saggio venne rifiutato prima da Augusto De La Rive della "Bibliothèqueuniverselle de Genève" e poi anche da Cousin della "Revue des Deux Mondes" che temeva le ire di Metternich. Grazie ai buoni uffici del Duca di Broglie, fu pubblicato alla fine nella"Revue Nouvelle", che lo fece uscire nel numero di maggio del 1846 e riservò duecento copie all'autore. |
LA REVUE NOUVELLETOME HUITIÈMEDEUXIÈME ANNÉEPARIS AU BUREAU DE LA REVUE NOUVELLE 3, RUE DE CHOISEUL 1846 |
Il l'y a plus personne possédant une dose ordinaire de bon sens quiconteste aujourd'hui l'utilité, nous dirons même la nécessité, des chemins de fer. Peu d'années ont suffi polir opérer dans l'opinionpublique une révolution complète en leur faveur. Les doutes qu'ils inspiraient aux hommes d’état, les incertitudes quo leur réussitefinancière faisait éprouver aux spéculateurs les plus hardis ont fait place à une confiance sans bornes. Le public est passe presque sanstransition de la méfiance à un enthousiasme tel, qu'il l'est peut-être plus en Europe de localité si pauvre d’intérêts agglomérés si minimes,qui ne s' attendent h participer directement, dans un temps donne, aux bienfaits de cette merveilleuse conquête du dix-neuvième siècle.
Certes, l'impatience du public n'est pas exempte d'exagération. Sousl'influence de la réaction violente qui s'est opérée, on est porte a se faire illusion sur les résultats immédiats des chemins de fer.
Cependant, si l'on embrasse dans leur ensemble les questionsd'avenir qui se rattachent à ce sujet, si l'on cherche à développer tonte la série des conséquences que leur adoption générale doitnécessairement amener, on est force de convenir que les espérances qu'ils ont fait concevoir peuvent être prématurées par rapport ill’époque où l'on s' attend à les voir réalisées, mais que, considérées d'une manière absolue, elles demeurent encore bien au-dessous de lavérité.
La machine à vapeur est une découverte qu'on ne saurait comparer,pour la grandeur de ses conséquences, qu'il celle de l’imprimerie, ou bien encore;ì celle du continent américain. Ces découvertes immenses,bien que remontant déjà li prés de quatre siècles, sont loin d'avoir déroulé à nos yeux. toute la série d'effets qu'elles sont destinées iiproduire. Il en sera de même de la conquête que le monde a faite en transformant la vapeur dans une force motrice illimitée dans son actionet applicable il tant d'usages. Bien des générations se succéderont avant qu'on puisse en calculer toute la portée. Aussi personne n'aencore essayé de déterminer dès à présent, dans tonte leur étendue les modifications que cette puissance nouvelle doit opérer dans l’économiedes peuples civilisés.
L’influence des chemins de fer s'étendra sur tout l'univers. Dansles pays arrivés à un haut degré de civilisation ils imprimeront à l'industrie un immense essor; leurs résultats économiques seront dès ledébut magnifiques et ils accéléreront. le mouvement progressif de la société.
Mais les effets moraux qui doivent en résulter, plus grand* encore ànos yeux que leurs effets matériels, seront surtout remarquables chez les nations qui, dans la marche ascensionnelle des peuples modernes,|ont demeurées attardées. Pour elles les chemins de fer seront plus qu'un moyen de s'enrichir, ils seront une arme puissante, à l'aide delaquelle elles parviendront à triompher des forces retardatrices qui les retiennent dans un état funeste d'enfance industrielle etpolitique. La locomotive, nous en avons la ferme conviction, a pour mission de diminuer, sinon de faire disparaître tout à fait.l'humiliante infériorité à laquelle sont réduites plusieurs branche.? de la grande famille chrétienne. Envisagée sous cet aspect elle remplitun rôle en quelque sorte providentiel; c'est peut-être pourquoi on la voit triompher si facilement et si promptement des difficultés et desobstacles qui paraissaient devoir l’empêcher pendant long-temps de pénétrer dans certaines contrée.
Si ce que nous venons de dire est vrai, si nous ne sommes pas sousl'empire d'une illusion complète, nul pays plus que l'Italie n'est en droit de fonder sur l'action des chemins de fer de plus grandesespérances. L'étendue des conséquences politiques et sociales qui doivent en découler dans cette belle contrée témoignera, mieux que cequi se passera partout ailleurs, de la grandeur du rôle que ces nouvelles voies de communication sont appelées à jouer dans l'avenir dumonde.
Dans cette persuasion. nous croyons qu'il ne sera pas sans intérêtpolir les lecteurs de cette revue de voir traiter avec quelques développements, ainsi que nous nous proposons de le faire, lesquestions qui se rattachent à l'établissement des chemins de fer en Italie.
Notre tâche sera singulièrement facilitée par l'ouvrage dont letitre se trouve place en tête de cet article. Son savant auteur, le comte Petitti. après avoir puissamment contribué, comme ho ni med’État. au succès de la cause des chemins de fer dans son pars, a voulu en sa qualité de publiciste distingue, faire participer ses concitoyensaux lumières qu'il a acquises grâce h de longs travaux et de fructueuses recherches. Dans ce but il a compose un livre dans lequelil a réuni d'abord les notions les plus exactes et les plus circonstanciées sur tous les chemins de fer qui ont été exécutés enItalie, sur ceux dont l'exécution est commencée. et sur ceux-là même qui sont encore ii l'état de projet: et oii il a traité ensuite d'unemanière lumineuse et profonde les principaux problèmes auxquels donne lieu l'application des chemins de fer. Son ouvrage est en quelque sorteun manuel complet à l'usage des lecteurs italiens. Aussi est-il destine à rendre les plus grands services dans un pars où les hautes questionsindustrielles ne sont familières qu'il un très-petit nombre de lecteurs.
Toutes les personnes. à quelque nation qu'elles appartiennent, quiattachent à ces questions un haut intérêt. feront bien de lire en entier cet ouvrage remarquable.
Nous nous bornerons dans cet article, à en extraire les faits lesplus saillants, afin de faire concevoir quel sera dans l'avenir l'ensemble du système des chemins de fer italiens, et à y puiser lesdocuments nécessaires pour justifier l'opinion que nous avons émise sur la grandeur de leur action morale.
Le développement des chemins de fer en pleine activité est encorefort restreint en Italie. C'est il peine si les locomotives circulent sur quelques courts tronçons isolés. Cependant il y a longtemps qu'ons'y occupe de chemins de fer. En 1835, des compagnies sollicitaient déjà des gouvernements de la péninsule la concession de plusieurslignes importantes.
Mais ces entreprises colossales inspirèrent dans le début auxcapitalistes une méfiance que la crise financière, suite des événements de 1840 vint aggraver. Le mauvais effet produit par le peu de succès deplusieurs chemins de fer français s'ajoutant à cette cause, il en résulta que ces premières tentatives n'aboutirent qu'à de faiblesrésultats. Le chemin de Naples il Castellamare et celui de Milan à Monza sont les seuls qu'on puisse attribuer à cette période d'essaispresque stériles.
Depuis lors, les résultats chaque jour plus remarquables et mieuxconnus des chemins le fer en Angleterre, en Allemagne, en Belgique et en France, ont prodigieusement modifié la disposition des esprits enItalie. Là, comme partout ailleurs, on a réclame l'exécution de ces voies merveilleuses qui se jouent également du temps et de l'espace.
Cédant aux vœux des peuples, la plupart des souverains italiens sesont déclarés en faveur des chemins de fer. Phisieurs gouvernements se sont chargés de l'exécution directe des grandes lignei, sans repoussertoutefois l'aide de l'indùst i-i e privée pour les lignes secondaires; d'autres se sont hornés à favoriser la formation de compagniesluissantes auxquelles ils ont abandonné l'exécution de toutes le lignes de l'Etat.
A l'heure qu'il est. si l'on excepte les Etat. sRomains et quelquesprincipautés secondaires, tous les pays de l'Italie ont mis activement la main il l'ceuvre. Les travaux sont commencés sur plusieurs lignesconsidérables, et un heaucoup plus grand nombre de projets sont assez avancés pour qu'on ne puisse douter d'en voir commencer incessammentl'exécution. Au point où les choses sont arrivées. il est possible de déterminer, sinon avec une parfaite exactitude. du moins parapproximation, quel doit étre le trace du gi*and réseau de chemins de ter destine dans quelques années iv relier tous les points de l'Italie,depuis le pied des Alpes jusqu'au fond du golfe de Tarente.
Atin d'en faire saisir l'ensemble, nous allons tracciune esquisserapide des principale^ lignes qui devront en faire partie. Ce tableau sutfira pour donner une idée de son immense importance.
L' Italie, sous le rapport géographique, peul étre divisée en deuxgrandes sections. Au noni, la vallee du Pò, à laquelle se rattachent les plaines de la Romagne et des Marches jusqu'Ancóne et Lorette. Aumidi, toutes les contrées que les Apennins séparent, et quo les mers Adriatique et Méditerranée entourent de trois còtés. La premièresection, la vallée du Pò, à laquelle est réunie par les liens de la politique et des intéréts commerciaux Y industrieuse Ligurie, offre uncharnp admirable aux chemins de fer. Aussi est-ce, selon nous, la contrée où ils sont appelés cà recevoir les plus vastes développements.Pénétrés de cette vérité, le gouvernement autrichien et le gouvernement piémontais, qui en possèdent la plus grande partie, ont hautementmanifesté l'intention de coopérer par tous les moyens en leni pouvoir à l'exécution du réseau que le pays réclame.
Dans ce but, le cabinet de Turin, mettant ii profìt les ressourcesconsidérables dont il peut dispose!', sans grever l'avenir, ni imposer de nouvelles charges à ses sujets, grâce à là sage économie de sonadministration, a décide que les lignes réunissant un intérêt économique considérable à un caractère politique seraient exécutées auxfrais de l’État. Pour les lignes secondaires. il a fait appel à l'industrie privée, qui, nous sommes heureux de le dire, n'a pas étésourde à sa voix.
Les lignes gouvernementales décrétées, et qu'on peut considérercomme étant en cours d'exécution. sont au nombre de trois. Avant. pour point commun de départ la ville d'Alexandrie, dont l'importancestratégique est si grande, ces lignes se dirigent sur Gênes, sur Turin et sur le Lac Majeur. Un simple coup d’œil sur la carte du Piémontsuffit pour prouver qu'elles peuvent être considérées comme formant les grandes artères de ce pays.
En effet, elles réunissent sa capitale avec la mer, la Suisse et le reste de l'Italie septentrionale.
Pour atteindre ce dernier résultat, une faible lacune existe»toutefois dans les projets approuvés. Par suite de quelques difficultés soulevées par le Gouvernement autrichien, on ira pas encore pu décidercomment on réunirait les lignes piémontaises aux lignes lombardes. Une telle lacune ne peut subsister long-temps.
La Lombardie a un intérêt trop réel et trop pressant à établir avecla Méditerranée et la France des communications promptes et faciles. pour que le cabinet de Vienne refuse sérieusement d'exécuter lui-même.ou de laisser exécuter par l'industrie, la ligne si courte et si facile qui, allant de Milan au Tésin, permettra ii la vapeur de circuler sansinterruption dans tonte la longueur de la vallée du Pò. Les projets du gouvernement sarde ne se bornent pus à ceux que nous venons d'indiquer.Il a manifeste l'intention d'exécuter une entreprise bien plus importante et bien plus grandiose. Il veut rattacher la Savoie auPiémont par un chemin de fer qui, perçant les Alpes prés de leur base. passerait;i peu de distance du col du Mont-Cenis, célèbre déjà par laroute qu'on signale encore comme une des merveilles du règne de Napoléon.
Cet admirable projet a été mis à l'étude, et, s'il ne s’élève pasd'insurmontables difficultés, que jusqu'à présent les hommes de l'art les plus compétents ne paraissent pas prévoir, nous ne tarderons pas àen voir entreprendre l’exécution.
Le chemin de fer de Turin à Chambéry, li travers les plus hautes montagnes de l'Europe, sera le chef-d’œuvre de l'industrie moderne;
ce sera le plus beau triomphe de la vapeur, le complément de sagloire: après avoir dompté les fleuves les plus rapides et les flots orageux de l'Océan. il ne lui reste plus qu'à venir à bout des neigeséternelles et des glaciers qui s’élèvent entre les peuples divers comme d'infranchissables barrières. Ce chemin sera une des merveilles dumonde; il rendra immortel le nom du roi Charles-Albert, qui aura eu le courage de l'entreprendre et l’énergie de l’exécuter. Les bienfaitsincalculables qui doivent en résulter rendront li jamais la mémoire de son règne, signalé déjà par tant d’œuvres glorieuses, chère, nonseulement à ses propres sujets, mais à tous les Italiens.
On nous reprochera peut-être d'exagérer l'importance de cette route:mais, si l'on réfléchit qu'elle est destinée à faire, pour ainsi dire, disparaître les distances qui séparent Venise, Milan, Gênes, Turin ettoutes les principales villes italiennes des pays qui marchent à la tête de la civilisation de Londres et de Paris, ces foyers ardents delumières, on sera force de convenir que, loin d'évaluer trop haut les effets du chemin de fer des Alpes, nous avons été inhabiles à calculerson influence sur l'avenir industriel et politique de l'Italie.
Cette ligne fera de Turin une ville européenne; placée au pied des Alpes, à la limite extrême des plaines de l'Italie;
elle sera le point d'union du nord et du midi, le lieu où lespeuples de race germaine et ceux de race latine viendront l'aire un échange de produits et de lumières, échange dont profitera surtout lanation piémontaise. qui participe déjà aux qualités des deux races.
Admirable perspective! magnifique destinée que Turin devra à lapolitique éclairée des rois auxquels elle sert depuis des siècles de fidèle capitale!
L'industrie privée se prépare à répondre à l'appel du gouvernementet à l'attente du pars. Plusieurs compagnies sont organisées 0u sont en train de se constituer pour demander la concession des lignessecondaires qui doivent relier tous les points de l’État aux lignes principales. Des demandes ont été déjà adressées au gouvernement pourles lignes de Turin li Pignerol, de Turin à Saviglian et de Casal à Valence. Il est probable que l'année 1846 ne s’achèvera pas sans queces compagnies industrielles aient commencé sérieusement à travailler sur plusieurs lignes.
Parmi les chemins de fer que l'industrie privée est appelée àentreprendre, il en est un qui se distingue par l'importance qu'il doit avoir sous le rapport politique aussi bien que sous le rapportéconomique. C'est celui qui, partant de Turin, suivra la rive gauche du Pò pour se diriger sur Milan, en passant par Verceil et Novare. Si lavallée du Pò formait un seul État, si tous les pays compris entre Venise et Turin reconnaissaient le même souverain, cette ligne seraitla principale de l'Italie septentrionale; elle ferait partie de la grande artère à laquelle toutes les lignes secondaires viendraient serattacher.
Tant que les rives du Tésin seront séparées par une ligne dedouanes, elle ne saurait aspirer à jouer ce premier rôle parmi les chemins sardes; elle doit céder la prééminence politique à celui deTurin à Gênes. Néanmoins, dans l'état actuel des choses, ce chemin est le plus important de ceux qui peuvent être abandonnés à l'industrieprivée. Sans tenir compte des espérances de l'avenir, ou peut prédire qu'il exercera une grande influence et donnera de beaux résultatséconomiques. Destiné, en effet, à relier Turin aux provinces les mieux cultivées du pays, aux vallées industrieuses d'Aoste, de Bielle et àcelles qui bordent le Lac Majeur, il provoquera un immense mouvement intérieur. D'autre part, aboutissant d'un coté à la Suisse et del'autre au Milanais, il sera un auxiliaire puissant du commerce extérieur et de transit des États-Sardes.
Les États Lombardo-Vénitiens ont été les premiers pars de l'Italieoù il ait été sérieusement question de chemins de fer. Dés 1838, une compagnie a entrepris, à ses risques et péril, la petite ligne de Milanà Monza, ouverte au public depuis six années. Une autre société sollicita et obtint du gouvernement autrichien la concession de laligne de Milan à Venise. L'exécution de ce beau projet rencontra, dés ses débuts, des difficultés qui en arrêtèrent longtemps la marche. Lesrivalités municipales, les jalousies de provinces à provinces, cette plaie invétérée, cause première des misères de l'Italie, empêchèrentpendant plusieurs années qu'on ne tombât d'accord sur le trace à suivre, et furent sur le point d'amener la dissolution de la compagnie.
Ces premiers obstacle surmontés, on aurait pu s'attendre à ce queles travaux fussent poussés avec vigueur. Loin de là, l'apathie déplorable, que l'on peut même qualifier de coupable, des capitalistesmilanais et la méfiance des actionnaires étrangers furent cause que l'entreprise languit, et que déjà on commençait à désespérer de saréussite, lorsque l'intervention puissante et généreuse du gouvernement autrichien vint la sauver d'une catastrophe inévitable. Dans cetteoccasion, on doit reconnaître que le cabinet de Vienne s'est montré animé envers ses sujets italiens de sentiments aussi éclairés quebienveillants. C'est à lui qu'on doit d'avoir vu succéder, dans l'exécution de cette route. l'activité et l’énergie aux hésitations etaux retards. Déjà. grâce à l'esprit plus entreprenant des actionnaires vénitiens, le pont gigantesque sur la lagune est achevé, et la voie defer est posée de Venise à Vienne. Les travaux, poussés depuis un an avec une certaine vigueur aux portes de Milan, s’étendront dansquelques mois il tous les points de la route. Ainsi donc, si aucun obstacle imprévu ne surgit, le vœu ardent des populations sera bientôtsatisfait, et, avant peu d'années, la riche capitale de la fertile Lombardie et l'ancienne reine de l'Adriatique ne seront plus qu'àquelques heures de distance.
La ligne lombardo-vénitienne ne sera point complète, tant qu'elle nese rattachera pas aux lignes sardes pour former avec elles la grande artère de la vallée du Pò.
La lacune que nous avons déjà signalée en parlant des cheminspiémontais sera bientôt comblée. La force des choses triomphera aisément de quelques mesquines jalousies politiques et commerciales.Milan a plus d’intérêts a cette ligne que Gênes et Turin; car c'est par ces villes que doivent passer les principaux produits de la Lombardie,c'est-à dire les fromages et les soies, pour arriver aux marchés de consommation placés sur les bords de la Méditerranée ou au-delà desAlpes, en France et en Angleterre.
L'union dont nous parlons peut s'opérer de deux manières: soit aumoyen d'une ligne qui. se dirigeant directement sur Turin, ira. it couper à Vigevano la ligne de Gênes au Lac Majeur; ou bien encore. parun chemin qui, de Milan passant par Pavie, tendrait à Gênes en ligne droite. Chacun de ces systèmes présente des avantages particuliers. Lepremier, plus conforme à la configuration géographique du pays, conviendrait mieux aux intérêts généraux de la vallée du Pò; le second,rapprochant davantage Milan de la mer, serait peut-être, pour le moment, préférable sous les rapports commerciaux. Quel que soit leurmérite relatif. L’essentiel c'est que l'un ou l'autre s'exécute promptement. Nous ne doutons pas que, plus tard, lorsque les avantagesdes chemins de fer seront pleinement appréciés, et lorsque les conditions économiques et politiques de l'Italie se seront amélioréesces deux lignes ne soient également exécutées. et ne forment ainsi avec les lignes piémontaises un admirable triangle de voies de fer, dontTurin, Gênes et Milan seront les sommets.
Le royaume lombard-vénitien réclame, tout comme le Piémont, un grandnombre de lignes secondaires. Déjà le chemin de Milan à Còme est concédé. Les chemins destinés à relier à la ligne principale des villesriches et importantes, comme Bergame, Mantoue et Crémone, ne tarderont pas à l’être. Lorsque les lignes intérieures seront achevées, il faudraencore rattacher le système lombardo-vénitien, d'une part, aux lignes qui se construiront dans les provinces situées sur la rive droite duPò, et de l'autre, aux réseaux allemands dont Trieste est un des aboutissants.
La réunion des deux rives du Pò, au moyen des chemins de fer, offred'immenses difficultés techniques, économiques et politiques. Aussi elle ne pourra avoir lieu que dans quelques années, lorsque les autresparties du réseau italien seront achevées. La cause des chemins de fer aura fait alors de tels progrès, ils seront devenus tellementpopulaires, qu'aucune considération pécuniaire ni aucun obstacle matériel ne sauraient Plus arrêter l'exécution des lignes que l’intérêtgénéral réclamera des gouvernements d'une manière impérieuse.
Il n'en est pas de même de la ligne de Trieste à Vienne, destinée àrelier l'Allemagne à l'Italie. Cette route, qui ne présente presque pas de difficultés, 's est d'un intérêt trop grand, relativement iil'Autriche. pour que nous croyons que l'exécution en soit long-temps retardée.
De tous les chemins de fer dont nous avons parlé jusqu'ici, celui-ciest peut-être le seul dont l'utilité pour l'Italie puisse être contestée. En effet, s'il présente des avantages évidents sous le pointde vue économique en favorisant l'exportation en Allemagne des produits abondants du sol italien. il augmente en même temps les moyensd'influence de la maison d'Autriche sur l'Italie entière, et facilité l'action de ses forces pour la maintenir sous la dépendance. Cetteobjection est spécieuse, mais elle n' est pas fondée.
Si l'avenir réserve à l'Italie des destinées plus heureuses, sicette belle contrée, ainsi qu'il est permis de l'espérer, est destinée a reconquérir un jour sa nationalité, ce ne peut être que par suited'un remaniement européen, ou par l'effet d'une de ces grandes commotions, de ces événements en quelque sorte providentiels surlesquels la facilité de faire mouvoir plus ou moins vite quelques régiments que procurent les chemins de fer, ne saurait exercer aucuneinfluence. Le temps des conspirations est passé; l'émancipation des peuples ne peut être l'effet ni d'un complot ni d'une surprise, elleest devenue la conséquence nécessaire des progrès de la civilisation chrétienne, du développement des lumières. Les forces matérielles dontdisposent les gouvernements seront impuissantes à maintenir sous le joug les nations conquises, lorsque l'heure de leur délivrance aurasonné:
elles céderont devant l'action des forces morales qui grandissentchaque jour, et qui doivent tôt ou tard opérer en Europe, avec l'aide de la Providence, une commotion politique, dont la Pologne et l'Italiesont appelées à profiter plus que tout autre pays.
Le chemin qui rapprochera de quelques heures Vienne de Milan ne saurait empêcher de si grands événements.
Cela étant, le chemin de Vienne à Trieste est un de ceux dontl'exécution est le plus à désirer; car si, dés a présent, il est avantageux a l'agriculture italienne en lui assurant de nombreuxdébouchés, dans l'a venir, lorsque les relations que la conquête al établies auront fait place à des rapports d'égalité et d'amitié, ilrendra d'immenses services au pays, en facilitant les rapports intellectuels et moraux que, plus quo personne, nous souhaitons de voirétablis entre la grave et profonde Allemagne et l'intelligente Italie.
La question des chemins de fer est bien moins avancée sur la rivedroite que sur la rive gauche du Pò. Le leu d'étendue des principautés qui se partagent le pays, la faiblesse de leurs ressources pécuniaires,l'imperfection de leur système administratif, enfin des préjugés non encore déracinés, rendent problématique l'exécution des chemins de ferdans la partie méridionale de la vallée du Pò, qui n' est pas comprise dans les États-Sardes. Toutefois, l'incertitude que nous sommes forcésde constater ne porte que sur une question de temps.
Il n'est pas douteux que, dans un avenir peu éloigné les richesplaines du Parmesan et du Milanais, seront dotées d'un réseau de chemins de fer, ainsi que les autres contrées du nord de l'Italie.Déjà, une compagnie qui compte dans son sein tout ce que Bologne et les villes de la Romagne renferment de plus distingué, sollicite depuis unan l'autorisation d'exécuter à ses frais le chemin d'Ancóne à Bologne, en manifestant l'intention de le prolonger sur Modéne et Parme. Legouvernement pontifical, par un excès de prudence qu'il est plus facile d'expliquer que de justifier, a jusqu'ici refusé son consentement à ceprojet. Cependant il parait que les instances de la compagnie, les demandes réitérées des populations, appuyées par les remontrances duprélat distingue qui administre les Légations, sont sur le point de triompher des répugnances de la Cour de Rome. On espère voir paraîtreincessamment un décret du souverain pontife pour concéder la ligne d'Ancóne à Bologne à la compagnie dont nous venons de parler.
Nous appelons de tous nos vieux ce changement heureux dans lapolitique romaine; et cela, non seulement à cause de l'importance de la ligne en question, mais surtout parce que l'exécution en Romagne degrands travaux d'utilité publique doit procurer un soulagement immédiat aux classes inférieures de ce pays si cruellement agite depuis quelquetemps, et fournir au patriotisme et à l'activité des classes supérieures et moyennes un aliment qui leur rendra plus facile lapolitique de patience et d'attente, seule convenable dans la situation actuelle de l'Italie.
La ligne d'Ancóne à Bologne entrai nera, comme conséquenceindispensable, celle de Bologne aux États-Sardes, par Modéne et Parme. La compagnie qui sera en possession de la première aura un tel intérêtà voir exécuter la seconde, qu'elle se soumettra dans ce but h tous les sacrifices que les gouvernements dont elle dépend voudraient luiimposer, et ceux-ci, aidés par le concours d'une compagnie puissante ne sauraient résister longtemps aux désirs ardents et légitimes de leurssujets.
Ainsi donc, il est permis d’espérer que, dans un avenir rapproché,on travaillera aux chemins de fer avec une égale ardeur sur les deux rives du Pò. Sans être considéré comme un utopiste, on peut prédirequ’avant dix ans, le magnifique bassin que forme ce fleuve sera traverse dans toute sa longueur par deux grandes lignes qui, ayantTurin pour point de départ commun, se dirigeront également vers l'Adriatique, pour aboutir, l'une li Venise, après avoir traversé lesplaines fécondes du Piémont et de la Lombardie, l'autre à Ancône, après avoir mis en communication les États-sardes, les duchés de Parme et deModène, les Légations et les Marches.
A ces deux lignes principales se rattacheront une foule de lignessecondaires qui feront circuler en tout sens les populations et les richesses. Enfin, lorsqu’à ce réseau viendront se joindre les cheminsallemands par Trieste, et les chemins français et suisses par la ligne des Alpes, cette admirable pensée du roi Charles-Albert,
le nord de l'Italie sera en mesure de reconquérir le haut degré deprospérité et de puissance auquel lui donnent droit sa position géographique, la richesse de sou sol et les ressources naturelles detout genre qu'il possède. Ce sera, nous aimons à le penser, le plus beau triomphe des chemins de fer.
La Toscane, qui forme en quelque sorte l'Italie centrale, ne s' estlaissée devancer par aucun autre État dans la question des chemins de fer. La principale ligne du pars, celle de Livourne à Florence, a étéconcédée et entreprise depuis long-temps. La crise financière de 1840 et la défaveur qui a pesé sur les chemins de fer pendant quelque temps,en ont retardé l'exécution: mais depuis deux ans 011 y travaille avec ardeur; de telle sorte que, selon toute probabilité, cette ligne.d'une importance vitale pour la Toscane, déjà du verte de Livourne à Pontedera, c' est-à-dire sur le tiers de sa longueur, sera livrée aupublic dans l'espace de deux ou trois ans.
L'engouement général pour les chemins de fer qui s'est emparé detous les esprits en Europe, joint aux succès inespérés du chemin de Livourne à Pise, a fait surgir en Toscane une foule de compagnies pourl'exécution d'un grand nombre de lignes. Deux de ces compagnies ont obtenu des concessions formelles, et déjà elles ont mis la man àl’œuvre. La première construit le chemin de Lucques à Pise, qui doit être bientôt achevé; la seconde a entrepris une ligne étendue, appeléechemin toscan centrai, et qui est destinée à rattacher Sienne à Florence et Livourne, en venant joindre à Empoli la route qui unira cesdeux villes.
Les principales routes qui ne sont pas concédées, ou du moins surlesquelles il n'a pas encore été entrepris de travaux sérieux, sont:
1° La route da Florence à Bologne:
2° Celle de Florence à Forli;
3° Celle de Florence à Lucques, qui aurait, avec celle de Bologne, un tronc commun jusqu'à Pistoie;
4° Celle de Florence à Rome;
5° Une ligne qui, de Livourne, se dirigerait sur les États-Romains,en longeant la mer et traversant les Maremmes dans tonte leur longueur.
Certes, parmi les chemins de fer que nous venons d’énumérer, et peut-être même parmi ceux que nous avons omis de mentionner, il en estplusieurs d'une grande utilité pour le pays, et qui en même temps offrent, pécuniairement parlant, des chances raisonnables de succès. Ilen est un surtout que nous n'hésitons pas à signaler comme avant une importance commerciale et politique du premier ordre. C'est le cheminde Florence à Bologne. Nous ignorons quels sont les obstacles que le passage des Apennins oppose à son exécution, mais nous croyons pouvoiraffirmer que, si ces difficultés peuvent se surmontes avec de l'argent, il est du devoir et de l’intérêt du gouvernement toscan de venir enaide à la compagnie qui entreprendra de faire communiquer la Méditerranée avec l'Adriatique, en mettant Livourne en rapport directavec la Romagne, les provinces vénitiennes et le port de Trieste.
Mais, s'il est des lignes en Toscane dont l’exécution est réclaméepar l’intérêt général, et qui soient susceptibles d'indemniser les capitalistes de leurs avances, il en est d'autres dont la constructionimposerait an pays ou aux compagnies qui les entreprendraient des sacrifices hors de proportion avec les avantages qu'on est en droitd'en attendre. Ainsi, nous ne concevons pas ce qu'on peut espérer d'un chemin qui traverserai les marais désolés qui séparent Livourne deGrosseto, cette ligne, fut-elle prolongée jusqu'à Rome, ce qui est excessivement peu probable, il faudrait bien des années, des sièclespeut-être, avant que les relations de Livourne avec Rome offrissent un aliment suffisant à l'entretien d'une ligne très-étendue, qui nepourrait compter pour rien les produits des points intermédiaires placés le long de la route.
La plupart des projets mis en avant en Toscane depuis dix-huit mois,nés au moment où la fièvre industrielle était la plus violente, sont destinés à périr dans les cartons ministériels. Us auront eu pour seulrésultat d'avoir alimenté un jeu de bourse désastreux à Livourne et sur quelques autres places de commerce, et d'avoir enrichi des aventuriersindustriels aux dépens d'une foule de gens aussi avides que crédules.
Les inconvénients graves qui ont résulté en Toscane des spéculationseffrénées sur les chemins de fer ainsi que les scènes scandaleuses qui se sont passées aux bourses de Londres, de Paris, et des autresprincipales villes de l'Europe,
ont inspiré au comte Petitti une véritable horreur pour l'agiotage,qu'il manifeste à peu prés dans tous les chapitres de son ouvrage.
Nous applaudissons aux généreux sentiments qui animent l'Illustreécrivain, et nous espérons que nos compatriotes mettant à profit les sages conseils. qu'il leur adresse, sauront se préserver des embûchesque d'adroits et cupides spéculateurs pourraient tendre à leur bonne foi. Mais nous ne pouvons également approuver les remèdes qu'il suggèreaux gouvernements pour guérir radicalement la plaie de l'agiotage (2). Nous croyons qu'en voulant prévenir l'abus qu'on peut faire de l'espritd'association, il va jusqu'à conseiller l'emploi de moyens qui l’empêcheraient de naître et de se développer; ce qui serait pour toutle pays, mais pour l'Italie surtout, un mal infiniment plus grand que celui dont il parait si frappé.
Nous n'avons pas la prétention de combattre ici, d'une manièreincidente, les opinions (pie le comte Petitti a développées avec tant d'étendue et de chaleur; nous nous bornerons à lui soumettre, ainsiqu'aux lecteurs de la péninsule italienne, quelques observations qui nous paàraissent dignes d’être prises en sérieuse considération.
Tous le arguments dont le comte Petitti l'ait usage pour combattreles abus de l'esprit d'association et de la liberté des contrats industriels, sont identiques a ceux dont se servent, dans toutes lesquestions sociales, les personnes qui défendent le système préventif et s'opposent ii ce qu'on lui substitue le système répressif, plusconforme h. l'esprit du temps et aux progrès du siècle.
Certainement, en thèse générale, il vaut mieux prévenir que punir;empêcher le mal que le réprimer. Si des anges, ou seulement des hommes supérieurs par leurs lumières et leurs sentiments étaient toujourschargés de l'application des lois, nous ne voudrions que des lois préventives, non seulement pour ce qui a rapport aux sociétésindustrielles, mais encore dans toutes les branches des institutions sociales. Nous proclamerions alors les censures, les arrestationsarbitraires, les lois de suspects comme les meilleurs moyens possibles de gouvernement. Mais, comme toutes les lois doivent être laissées àl'exécution d'hommes imparfaits, animés souvent de passions mesquines ou dominés par d'absurdes préjugés, nous ne saurions donner au systèmepréventif une approbation absolue, et nous persistons à croire, avec la grande majorité des publicistes modernes, que dans une sociétésuffisamment développée, il empêche plus de bien qu'il ne prévient de maux.
Sans sortir du sujet qui nous occupe, il est possible de prouver cequo nous venons de dire d'une manière évidente. Le comte Petitti, frappé des désastres que les jeux de bourse produisent, voudraitproscrire d'une maniéré absolue, au moyen des mesures les plus rigoureuses, les marchés à terme. Un tel projet, dans les pays où lesvaleurs négociables abondent, rencontrerait, nous le croyons, des obstacles presque insurmontables.
Les efforts qu'on tenterait pour le réaliser n'auraient probablementd'autres effets que de substituer à l'action des agents de change recoins par l’État et présentant une certaine responsabilité celle decourtiers-marrons, moins honnêtes et moins scrupuleux.
Mais supposons que par des moyens que nous ignorons encore, le comtePetitti obtienne ce qu'on n'a pu obtenir nulle part, et qu'il parvienne h empêcher toute espèce de marchés à terme, voyons ce qui enrésulterait.
La vente de toutes les valeurs ne pouvant plus avoir lieu qu'aucomptant, une masse énorme de capitaux qui circulent sans cesse sur les grandes places de commerce cherchant un emploi temporaire, setrouveraient immédiatement arrêtes et rendus improductifs. Il n'est pas nécessaire d’être initié aux secrets de la Bourse pour savoir qu'aumoyen des reports, qui sont une conséquence des ventes à terme, chaque jour il s'effectue une quantité incalculable de prêts pour lecourt espace d'un ou de deux mois. Le capitaliste qui se trouve en possession de fonds dont il n'aura d'emploi qu'au bout de trente ou desoixante jours, trouve à les utiliser sans courir la moindre chance défavorable en achetant comptant et vendant à terme des rentes oud'autres valeurs négociables. Par contre, le spéculateur qui a besoin d'argent pour un court délai, peut s'en procurer sans aliéner sestitres, par l’opération inverse. Il vend comptant et achète à terme. Ces contrats n'ont rien que de parfaitement légitime; ils ne blessentaucunement les lois de la morale, et cependant ils rendent à l'industrie et au commerce de grands services.
En les proscrivant, le comte Petitti pense-t-il qu'il l'enrésulterait aucune conséquence fâcheuse? que dans les pays arrivés à un grand développement industriel on pourrait impunément immobiliser degrandes masses de capitaux, qui servent au mouvement des affaires? Ce serait là une erreur grave. La suppression absolue des marchés à termeamènerait sur les places de Londres, de Paris, d'Amsterdam, et d'autres encorem une perturbation dont il est impossible de prévoir tous lesrésultats.
Mais ce l'est pas seulement l'industrie et le commerce qui auraientà souffrir de l'abolition des marchés à terme. Le trésor public en ressentirait les effets toutes les fois qu'il serait force de recourirau crédit. La manière la plus avantageuse de contracter un emprunt, c'est d'en distribuer le payement en plusieurs termes éloignés; aussiest-ce la méthode que presque tous les gouvernements ont adoptée, le gouvernement sarde comme les autres. Mais ces contrats sont desvéritables marchés à terme, car les gouvernements vendent à un prix déterminé des rentes livrables au bout de plusieurs mois. Il est vraiqu'ils remettent aux soumissionnaires de l'emprunt des titres provisoires, qui sont négociables au comptant; mais ceux-ci,personnellement responsables envers les gouvernements, ne peuvent se dessaisir de ces titres qu'en faveur d'individus sur l'exactitudedesquels ils puissent compter. Il leur est beaucoup plus sur et plus avantageux de vendre à terme. Si ce genre d'opération leur étaitinterdit. ils ne se chargeraient pas de l'emprunt; ou du moins ils exigeraient en le souscrivant des conditions plus onéreuses.
Malgré les considérations que nous venons de développer pourjustifier jusqu'à un certain point les marchés li terme, nous déplorons autant que le comte Petitti les funestes effet s de l'amour du jeu, quitrouve dans les spéculations industrielles un funeste aliment. Nous faisons des vœux sincères pour que les publicistes et les hommes d’Étatqui, ainsi que lui, sont animés d'un amour ardent du progrès et du bien. découvrent les moyens d'en réprimer les excès et les abus. Mais,tant qu'on se bornera à proposer des mesures qui auraient cour résultat de rendre impossible. toute entreprise qui ne peut être tentée qu'aumoyen de l'esprit d'association, et dans laquelle il fa ut tenir compte des chances de l'avenir sujettes à des variations journalières, nousn'hésiterons pas li dire que le remède est pire que le mal.
Si l'abus des spéculations est h craindre, certes ce n'est pas enItalie, où une excessive timidité dans tout ce qui a rapport aux grandes entreprises est bien plus li redouter que la fièvreindustrielle qui effraie tant le comte Petitti.
Au reste, en supprimant la vente à terme des valeurs négociables, onsera loin d'avoir enlevé tout aliment à l'amour du jeu, dans les pays où l'habitude des spéculations hasardeuses développe le goût desopérations fondées sur des chances aléatoires. Si on ne pouvait plus jouer sur les actions de chemins de fer, comme à Londre et à Paris, onjouerait sur les esprits-de-vins, comme à Marseille, sur les blés, comme à Gênes et à Livourne, sur les cotons, comme à Liverpool.
Jusqu'à ces derniers temps on n'a pas pu spéculer en Belgique surles chemins de fer; cela n'a pas empêché que ce pays ne fût le théâtre où les spéculations industrielles ont donne lieu aux excès les plusscandaleux: pour preuve il nous suffira de citer les charbonnages belges, qui resteront dans l'histoire comme un des exemples les plus frappants de l'abus qu'on peut fa ire de l'esprit d’association.
Il est temps que nous revenions à notre sujet. La Toscane, ainsiqu'011 vient de le voir, est la contrée de l'Italie où l'exécution des chemins de fer est le plus avancée. La région voisine oul'Etat-Pontifical est dans une position diamétralement opposée. Là rien l'a été fait; et, à l'exception de la ligne de Bologne à Ancône, siénergiquement sollicitée par la Romagne, 011 ne songe guère à rien taire.
Un tel fait est triste, cependant il ne faut pas s'exagérer laportée de la malheureuse antipathie que les chemins de fer inspirent au gouvernement romain. Les faits triomphent toujours des opinionserronées. Les résultats d'une seule grande ligne suffiront, nous en sommes convaincu, pour modifier les opinions de bon nombre de prélatsromains. Six mois après que le chemin de Livourne à Florence sera livré au public, la majorité du sacré collège changera d'avis: il est mêmepermis d’espérer que la cause des chemins de fer à Rome sera gagnée plus tôt.
Nous avons assisté à des transformations si rapides en ce genre,nous avons vu disparaître avec facilité tant de préjugés et d'antipathies qui paraissaient invincibles, qu'il nous paraît probableque le gouvernement pontifical ne sera plus long-temps le seul en Europe à empêcher ses peuples de participer à la jouissance d'un desplus grands bienfaits de la Providence.
Lorsque les sentiments actuels de la cour romaine se serontmodifiés, Rome ne tardera pas à devenir le centro d'un vaste réseau de chemins de fer, qui relieront cette auguste cité avec les deux mersMéditerranée et Adriatique, ainsi qu'avec la Toscane et le royaume de Naples. Ce système, dont l'exécution offre, il est vrai, quelquesdifficultés matérielles qui ne sont pas toutefois au dessus des efforts de l'industrie moderne, assure;t Rome une position magnifique. Centrede l'Italie, et en quelque sorte des contrées qui entourent la Méditerranée, sa puissance d'attraction, déjà si considérable, recevraune prodigieuse extension. Située sur la route de l'Orient à l'Occident, les peuples de tous les pays accourront en foule dans sesmurs pour y saluer l'ancienne maîtresse du monde, la métropole moderne de la chrétienté, qui, malgré les vicissitudes sans nombre auxquelleselle a été sujette, est encore la ville la plus riche en précieux souvenirs et en magnifiques espérances.
Grâce au ciel, après avoir franchi la frontière romaine on n'est plus réduit aux hypothèses et aux conjectures.
On trouve dans le royaume de Naples des chemins achevés, des cheminsen voie d'exécution et un grand nombre de projets sagement élaborés qui ne tarderont pas à être réalisés.
Naples a été un des premiers États de l'Italie qui aient assisté al'inauguration d'un chemin de fer. Il y a déjà deux ans que les locomotives circulent de Naples à Castellamare et depuis peu ellesparcourent la ligne de Naples à Capoue. Ces chemins n'ont encore qu'une faible importance économique, leur principal mérite consiste dansl'agrément qu'ils procurent à la population napolitaine et à ses nombreux visiteurs. Ce sont, surtout, d'admirables moyens de promenadedans des sites enchanteurs; mais ils ne tarderont pas à jouer un rôle plus important, car ils sont destiné à devenir la tète des principauxchemins du royaume. Leur prolongation est décidée. Le chemin de Capoue s’étendra jusqu'à la frontière romaine et deviendra ainsi une portionimportante de la ligne destinée à relier les deux plus grandes villes de l'Italie. Rome et Naples. Le chemin du midi doit, à Nocera, sediriger vers l'Orient, et aller rejoindre la mer Adriatique à un point qui n'est pas encore déterminé. Ce second projet, moins avance que lepremier, est toutefois à l'étude, et son exécution ne saurait se faire long-temps attendre.
Les chemins de fer napolitains ne s’arrêteront pas lorsqu'ils aurontrejoint l'Adriatique; il est probable que, se tournant alors vers le midi, ils traverseront les riches provinces que baigne cette mer, etque, s'étendant jusqu'au bout de la péninsule, ils formeront le lien extrême des communications du continent européen avec le mondeoriental.
Il n'est guère possible de prévoir l’époque précise à laquelle leréseau napolitain sera terminé; il est à croire qu'il sera devancé par celui qui se construit dans la vallée du Pò. Néanmoins les avantagesque les chemins de fer doivent présenter aux entreprises privées dans un pays aussi peuplé que le royaume de Naples, et les dispositions bienconnues du roi, nous permettent d'espérer que le midi, aussi bien que le nord de l'Italie, sera bientôt doté de ces voies nouvelles, dontl'effet merveilleux est destiné à influer si puissamment sur le sort de la belle péninsule italique.
D’après l'exposé que nous venons de faire de ce qui se passe enItalie, on est fondé a prévoir le grand développement qu'atteindront les chemins de fer dans ce pays. Dans un petit nombre d’années, lebassin du Pò sera traversé en tous sens par un vaste système de routes en fer, qui reliera tous les points principaux du pays, et qui,s’étendant vers la France par la Savoie et vers l'Allemagne par Trieste, mettra l'Italie en communication constante avec le continenteuropéen. Ce système se rattachera par une ou deux routes au réseau toscan, destiné, ainsi que nous l'avons vu, à recevoir une grandeextension. Enfin, dans le royaume de Naples un système complet rayonnant depuis la capitale fera circuler la vapeur d'une mer àl'autre, et, s’étendant jusqu’à Tarente ou ò Otranto, tendra la main a l'Orient.
A ne juger l'avenir que par ce qui s' est fait jusqu’à présent onest force de convenir que le tableau que nous traçons est obscurci par la lacune que présentent les Etats-Romains. Mais cette tache fâcheusedisparaîtra aussi. Le gouvernement pontifical cédera, comme tant d'autres, à l'évidence des faits et aux demandes incessantes de sessujets. Alors les chemins de fer s'étendront sans interruption depuis les Alpes jusqu'à la Sicile, et ils feront disparaître les obstacles etles distances qui séparent les habitants de l'Italie et qui les empêchent de former une seule et grande nation.
Après avoir exposé l'ensemble du système de chemins de fer quel'Italie attend, il nous reste à chercher quels sont les effets probables qu'ils doivent y produire, et à justifier les espérances deplus d'un genre qu'ils nous ont fait concevoir, et que nous voudrions pouvoir faire partager à tous nos compatriotes.
Sous le rapport matériel, les chemins de fer sont destinés a rendrede grands services en Italie. En effet, s'ils sont avantageux aux pays manufacturiers, ils ne sont pas moins utiles à ceux où fleurit uneriche agriculture. Cette opinion qui, au premier abord, peut paraître paradoxale, est cependant fondée sur des faits incontestables.
Les denrées que l'agriculture produit et les matières qu'elleemploit pour maintenir ses forces productrices comme les engrais et les amendements inorganiques, sont bien autrement encombrantes que lesmatières première et les produits de l'industrie manufacturière.
Pour les transports agricoles, des canaux seraient préférables auxchemins de fer; mais là où il n'existe pas de canaux, là surtout où leur exécution présente d'énormes difficultés, soit à cause decirconstances naturelles, soit encore parce qu'il convient mieux d'employer l'eau dont on peut disposer à l'irrigation des terres qu'àla formation des canaux, on peut affirmer que les chemins de fer rendront à l'agriculture des services dont il est difficile d’exagérerl'importance.
Ce qui est vrai pour le transport des marchandises, l'est plusencore pour ce qui regarde les personnes. Dans un rayon d'une certaine étendue, les populations agricoles riches se déplacent plus fréquemmentque les populations industrielles. Là où la propriété est tres-divisée, où l'exploitation du sol a lieu par fermes peu étendues, 011 ne sauraitimaginer combien sont nombreuses les courses que les agriculteurs sont obligés de faire. La moindre affaire, le contrat le plus dénuéd'importance forcent les cultivateurs à se rendre à plusieurs marchés. La vente ou l'achat d'une paire de bœufs est souvent la cause de plusde déplacements que l'approvisionnement nécessaire pour faire marcher une grande filature de Manchester pendant un mois.
Ce n'est pas tout. dans les pays où l'agriculture présente descultures très-variées, comme dans le nord de l'Italie, les besoins des opérations agricoles diverses appellent, dans le courant de l’année,des flots mouvants de population, tantôt sur un point, tantôt sur un autre.
Le printemps, ce sont les montagnards (les Apennins qui descendentdans les plaines pour effeuiller les mûriers; plus tard, ce sont les mêmes ouvriers auxquels se joignent d'autres venus de plus loin, qui,dans d'autres localités, coupent les blé^et fauchent les prés. L'automne, les habitants des collines viennent en aide à ceux des parsde plaine, et sont aidés à leur tour par ces derniers lors des vendanges.
Ce mouvement incessant, indispensable à la bonne culture d'un paysaussi varié que l'Italie, est bien plus considérable que celui qui a lieu parmi les ouvriers attachés aux grands centres industriels.
Les faits constatés en Angleterre viennent à l'appui de notreopinion. Le chemin de fer qui, relativement à son développement, présente le plus grand mouvement de voyageurs, est celui de Londres àBristol, connu sous le nom de Great-Western, qui parcourt des comtés presque exclusivement agricoles. Sa supériorité sur le chemin defer de Londres à Birmingham est d'autant, plus remarquable que celui-ci met Londres en communication, non seulement avec une partie beaucoupplus peuplée de l'Angleterre, mais encore avec l'Écosse et l'Irlande.
La position de l'Italie du nord, rend d'ailleurs les chemins de ferparticulièrement avantageux à son agriculture. Ce pays, on le sait, produit une masse énorme de matières premières qui, non seulement ontune grande valeur relativement à leur poids, mais qui sont d'une nature essentiellement périssable, c'est-a-dire les cocons et les laitages.
Los locomotives pouvant leur faire franchir en peu de temps les plusgrandes distances, leur permettent d'arriver, sans crainte d'avaries, aux centres de fabrication et aux lieux de consommation. Lorsque lesagriculteurs de la vallée du Pò pourront expédier leurs beurres frais sur les plages arides de la Méditerranée, en Ligurie et en Provence,ils verront s'ouvrir un débouché presque illimité pour les riches produits de leurs prairies arrosées.
Mais ce n'est pas sous le rapport agricole seul que l'Italie comptesur les chemins de fer comme sur un instrument puissant de progrès matériels. Si ce pays a surtout soigné la culture de son sol fécond, iln'est pas resté complètement étranger au mouvement industriel qui s'est propagé, depuis la paix, sur le continent européen. Il possède déjà denombreuses usines, de vastes manufactures, de grands ateliers; dans le Piémont, en Lombardie et en Toscane, le coton, la laine et la soie,surtout, sont travaillés avec succès. L’établissement d'un système complet de chemins de fer, en facilitant les communications, endiminuant les frais de transport et principalement en excitant l’activité et l’énergie des esprits entreprenants dont le pays abondecontribuera puissamment au développement rapide de l'industrie en Italie. Nous serions fâchés que, pour provoquer un pareildéveloppement, on eût recours à des encouragements onéreux pour les intérêts généraux, tels que les privilèges et les droits protecteursexcessifs.
Mais, en considérant les ressources de tout genre que renferme lepays, la quantité presque incalculable de forces motrices que les glaciers des Alpes lui fournissent, l'abondance et la variété desproduits de son sol, les richesses minérales que renferment certaines parties de la Péninsule et la Toscane en particulier, enfin le chiffrede sa population sobre, intelligente et susceptible de déployer une grande faculté de travail, nous croyons que l'industrie, encouragée pardes lois équitables, honorée dans ses chefs, aidée par un système bien entendu d'éducation professionnelle, est susceptible de s'élever parses propres efforts à un haut degré de prospérité lorsque l'Italie sera dotée de l'admirable système de communication dont nous avons tracé lepian.
Sous le rapport commercial, l'Italie peut fonder de grandesespérances sur les chemins de fer. En rendant promptes, économiques et sûres les communications intérieures, en faisant, en quelque sorte,disparaître la barrière des Alpes qui la séparent du reste de l'Europe et qui sont si difficiles à franchir une partie de l'année, nul douteque l'affluence des étrangers qui viennent chaque année visiter l'Italie s’accroîtra d'une manière prodigieuse. Lorsque le voyage deTurin, Milan, Florence, Rome et Naples exigera moins de temps et moins de peines que le tour d'un lac de la Suisse, il est difficile decalculer le nombre des personnes qui viendront chercher dans ces contrées, qui possèdent tant d'attraits, un air plus sain et plus purpour leur santé délabrée, des souvenirs pour leur intelligence ou même de simples distractions aux ennuis quo développent les brumes du nord.
Les profits que l'Italie retire de son soleil, de son ciel sansnuages, de ses richesses artistiques, des souvenirs que le passe lui a légués, grandiront certainement dans une proportion considérable. C'estlà un bienfait des chemins de fer que nous sommes loin de contester. Cependant nous pensons que c' est le moins important de tous ceux qu'onest en droit d'attendre bien que ce soient ceux qui frappent davantage l'imagination du vulgaire. La présence d'une grande masse d'étrangersau milieu de nous est. à coup sur, une source de profits, mais elle n'est pas exempte d'inconvénients. Les rapports des populations avecles personnes riches et oisives qu'elles exploitent en quelque sorte pour vivre, sont peu favorables au développement d'habitudesindustrieuses et morales; ils engendrent un esprit d'astuce et de servilisme funeste au caractère national. Mettant au premier rang pourun peuple le sentiment de sa propre dignité, nous sommes peu sensibles aux gains qu'on nous fait escompter en insolence et on morgue. Sansvouloir arrêter le mouvement progressif qui pousse les étrangers vers l'Italie, nous ne le considérerons comme vraiment avantageux pour ellequo lorsque pouvant s'en passer grâce aux progrès de son industrie, elle les traitera sur le pied d'une parfaite égalité.
Lorsque le réseau de chemins de fer sera complet, l'Italie entreraen jouissance d'un commerce de transit considérable. Los lignes qui uniront les ports de Gênes, Livourne, Naples avec ceux de Trieste,Venise, Ancône et de la côte orientale du royaume de Naples, amèneront à travers l'Italie un grand mouvement de marchandises et de voyageurs,allant et venant de la Méditerranée à l'Adriatique.
De plus, si les Alpes sont percées, comme on a tout lieu de lecroire, entre Turin et Chambérv, le lac Majeur et le lac de Constance, Trieste et Vienne, les ports de l'Italie seront en mesure de partageravec ceux de l'Océan et de la mer du Nord, l'approvisionnement de l'Europe centrale en denrées exotiques.
Enfin si les lignes napolitaines s'étendent jusqu'au fond duroyaume, l'Italie sera appelée à de nouvelles et hautes destinées commerciales. Sa position au centre de la Méditerranée, où, comme unimmense promontoire, elle parait destinée à rattacher l'Europe à l'Afrique, la rendront incontestablement, lorsque la vapeur latraversera dans toute sa longueur, le chemin le plus court et le plus commode de l'Orient à l'Occident. Des qu'on pourra s'embarquer àTarente ou à Brindisi, la distance maritime qu'il faut franchir maintenant pour se rendre d'Angleterre, de France et d'Allemagne enAfrique ou en Asie, sera abrégée de moitié. Il est donc hors de doute que les grandes lignes italiennes serviront alors à transporter laplupart des voyageurs et quelques-unes des marchandises les plus précieuses qui circuleront entre ces vastes contrées. L'Italie fourniraégalement le moyen les plus prompt pour se rendre d'Angleterre aux Indes et à la Chine; ce qui sera encore une source abondante denouveaux profits.
D’après tout ce qui précède, il nous parait clairement démontré queles chemins de fer ouvrent a l'Italie une magnifique perspective économique, et doivent lui fournir les moyens de reconquérir labrillante position commerciale qu'elle a occupée pendant tout le moyen-âge.
Mais, quelque grands que soient les bienfaits matériels que leschemins de fer sont destinés à répandre sur l'Italie, nous n' hésitons pas a dire lu' ils resteront bien au-dessous des effets moraux qu'ilsdoivent produire.
Quelques courtes considérations suffiront pour justifier cetteassertion aux yeux de tous ceux dont les opinions sur notre patrie ne reposent pas sur des bases erronées.
Les malheurs de l'Italie sont de vieille date. Nous ne chercheronspas à relever dans l'histoire leurs sources nombreuses. Un tel travail, déplacé ici, serait d'ailleurs au-dessus de nos forces. Mais nouscroyons pouvoir établir comme chose certaine que la cause première doit en être attribuée li l'influence politique que les étrangers exercentdepuis des siècles parmi nous, et que les principaux obstacles qui s'opposent à ce que nous nous affranchissions de cette funesteinfluence, ce sont, d'abord, les divisions intestines, les rivalités, je dirai presque les antipathies qui animent les unes contre les autresles différentes fractions de la grande famille italienne; et ensuite, la méfiance qui existe entre les princes nationaux et la partie la plusénergique de la population. Cette portion est évidemment celle qu'un désir souvent immodéré du progrès, un sentiment plus vif denationalité, un amour plus ardent de la patrie, rendent l'auxiliaire indispensable, sinon le principal instrument, de toute tentatived'émancipation.
Si l'action des chemins de fer doit diminuer ces obstacles, etpeut-être même les faire disparaître, il en découle naturellement cette conséquence que ce sera une des circonstances qui doit le plusfavoriser l'esprit de nationalité italienne. Un système de communications qui provoquera un mouvement incessant de personnes entout sens, et qui mettra forcément en contact des populations demeurées jusqu'ici étrangères les unes aux autres, devra puissamment contribuerà détruire les mesquines passions municipales, filles de l'ignorance et des préjugés, qui déjà sont minées par les efforts de tous les hommeséclairés de l'Italie. Cotte induction est tellement évidente que personne ne songera à la contester.
Cette première conséquence morale de l'établissement des chemins defer dans la péninsule italique est si grande à nos yeux, qu'elle suffirait à justifier l'enthousiasme qu'ils excitent chez tous lesvéritables amis de l'Italie.
Le second effet, moral que nous en attendons, quoiqu'il soit moinsfacile d'en saisir au premier abord toute la portée, a plus d'importance encore.
L'organisation que l'Italie a reçue à l'époque du congrès de Viennefut aussi arbitraire que défectueuse. Ne s' appuyant sur aucun principe, pas plus sur celui de la légitimité violée à l'égard de Gêneset de Venise que sur celui des intérêts nationaux ou de la volonté populaire;
ne tenant compte ni des circonstances géographiques, ni des intérêtsgénéraux, ni des intérêts particuliers que vingt années de révolutions avaient créés, cette auguste assemblée agissant uniquement en vertu dudroit du plus fort, éleva un édifice politique dépourvu de toute base morale.
Un tel acte devait produire des fruits amers. Aussi, malgré laconduite paternelle de plusieurs de nos princes nationaux, le mécontentement provoqué par le nouvel état de choses grossit rapidementpendant les années qui suivirent la restauration, et un orage se forma pour éclater bientôt. Les esprits ardents, les fauteurs de nouveautésexploitant les passions belliqueuses dont l'Empire avait favorisé le développement, et trouvant un appui dans les sentiments généreuxfroissés par les décrets du congrès de Vienne, parvinrent à opérer les tristes mouvements de 1820 et 1821.
Ces tentatives révolutionnaires, quoique facilement réprimées. parcoque les classes supérieures se trouvèrent divisées et que les masses n'y prirent qu'une faible part, n'en eurent pas moins pour l'Italie desconséquences déplorables. Sans rendre tyranniques les gouvernements du pays, ces essais désastreux excitèrent en eux une forte défiance contretoutes les idées de nationalité, et arrêtèrent le développement des tendances progressives qui leur sont naturelles et dont on avait déjàpu apercevoir «les signes manifestes.
L'Italie affaiblie, découragée, profondément divisée. ne putdésormais songer de long-temps à tenter aucun effort pour améliorer son sort.
Le temps commençait à effacer les traces funestes des événements de1821, lorsque la révolution de Juillet vint remuer jusque dans ses fondements l'édifice social européen. Le contre-coup de ce grandmouvement populaire fut considérable en Italie. Le retentissement de la victoire remportée par le peuple sur un gouvernement coupable, maisrégulier, excita au plus haut degré les passions démocratiques, sinon dans les masses, du moins dans les esprits entreprenants qui aspirent àles dominer. Les chances d'une guerre de principes enveloppant l'Europe entière vinrent réveiller toutes les espérances de ceux qui rêvaientl'émancipation complète de la péninsule à l'aide d'une révolution sociale. Les mouvements qui s’organisèrent après 1830, à l'exception dece qui a eu lieu dans une province qui, sous le rapport administratif, se trouve dans des conditions particulières, furent comprimés aisémentavant même qu'ils eussent éclaté. Il devait en être ainsi; car ces mouvements, s'appuyant uniquement sur des idées républicaines et despassions démagogiques ne pouvaient avoir de portée sérieuse. En Italie, une révolution démocratique n'a pas de chances de succès. Pour s' enconvaincre, il suffit d'analyser les éléments dont se compose le parti favorable aux nouveautés politiques. Ce parti ne rencontra pas degrandes sympathies dans les masses qui, à l'exception de quelques rares populations urbaines, sont en général fort attachées aux vieillesinstitutions du pays.
La force réside presque exclusivement dans la classe moyenne et dansune partie de la classe supérieure. Or, l'une et l'autre ont des intérêts très-conservateurs a défendre. La propriété, grâce au ciel, ilest en Italie le privilège exclusif d'aucune classe. Là même où il existe les débris d'une noblesse féodale, celle-ci partage avec letiers-état la propriété territoriale.
Sur des classes aussi fortement intéressées au maintien de l'ordre social, les doctrines subversives de la jeune Italie ont peu de prise.Aussi, à l'exception des jeunes esprits, chez qui l'expérience n' a pas encore modifié les doctrines puisées dans l’atmosphère excitante desécoles, on peut affirmer qu'il n'existe en Italie qu'un trés-petit nombre de personnes sérieusement disposées à mettre en pratique lesprincipes exaltés d'une secte aigrie par le malheur. Si l'ordre social était véritablement raenacé, si les grands principes sur lesquels ilrepose couraient un danger réel, on verrait, nous en sommes persuadés, bon nombre de frondeurs les plus déterminés, de républicains les plusoutrés, se présenter des premiers dans les rangs du parti conservateur.
Les agitations révolutionnaires, suite des événements de 1830, eurent des conséquences aussi funestes que les insurrections militairestic 1820 et 1821. Les gouvernements, attaqués avec passion, ne songèrent plus qu'à se défendre; mettant de coté toute idée de progrèset d'émancipation italienne, il se montrèrent exclusivement préoccupés à détourner les dangers dont ils étaient menacés, et qui étaientgrossis à leurs yeux d'une manière perfide par les efforts du parti rétrograde.
Sans vouloir justifier toutes les mesures répressives dont ilsfirent usage dans ces tristes circonstances, nous croyons qu'on ne saurait leur reprocher avec justice les sentiments qu'ilsmanifestèrent. Car, pour les gouvernements aussi bien que pour les individus, il existe un droit suprême de propre conservation, dont lemoraliste le plus rigoureux ne saurait préciser les limites sans s'exposer ii tomber dans de grossières contradictions, ou à aboutir àdes conséquences absurdes, contraires aux plus simples notions du bon sens.
Grâces au ciel, les passions orageuses que la révolution de juilletavait suscitées se sont calmées et leurs traces à peu prés effacées. Les choses ayant repris en Italie leur cours naturel, la confianceébranlée chez les princes nationaux s'est peu à peu rétablie; déjà les peuples ressentent les effets salutaires de cet heureux changement, ettout prouve que nous marchons vers un meilleur avenir.
Cet avenir, que nous appelons de tous nos vœux, c'est la conquête del'indépendance nationale, bien suprême que l'Italie ne saurait atteindre que par la réunion des efforts de tous ses enfants, bien sanslequel elle ne petit espérer aucune amélioration réelle et durable dans sa condition politique, ni marcher d'un pas assuré dans la carrière duprogrès. Ce que nous venons d'avancer en unissant notre faible voix à la voix éloquente de notre ami M. de Balbo, n'est point un rêve,résultat d'un sentiment irréfléchi ou d'une imagination exaltée; c'est une vérité qui nous parait susceptible d'une démonstration rigoureuse.
L’histoire de tous les temps prouve qu'aucun peuple ne peutatteindre un haut degré d'intelligence et de moralité sans que le sentiment de sa nationalité ne se soit fortement développé. Ce faitremarquable est une conséquence nécessaire des lois qui régissent la nature humaine. En effet, la vie intellectuelle des masses roule dansun cercle d'idées fort restreint. Parmi celles qu'elles peuvent acquérir, les plus nobles et le plus élevées sont certainement, aprèsles idées religieuses, les idées de pairie et de nationalité. Si maintenant les circonstances politiques du pays empêchent ces idées dese manifester ou leur donnent une direction funeste, les masses demeureront plongées dans un état d'infériorité déplorable. Mais cen'est pas tout: chez un peuple qui ne peut être fier de sa nationalité, le sentiment de la dignité personnelle n’existera que par exceptionchez quelques individus privilégiés. Les classes nombreuses qui occupent les positions les plus humbles de la sphère sociale ont besoinde se sentir grandes au point de vue national pour acquérir la conscience de leur propre dignité. Or, cette conscience, nousn'hésitons pas à le dire, dussions-nous choquer quelque publiciste trop rigide, constitue pour les peuples, aussi bien que pour les individus,un élément essentiel de la moralité.
Ainsi donc, si nous désirons avec tant d'ardeur l'émancipation del'Italie, si nous déclarons que devant cette grande question toutes les questions qui pourraient nous diviser doivent s'effacer et tous lesintérêts particuliers se taire,
c'est non seulement afin de voir notre patrie glorieuse etpuissante, mais surtout pour qu'elle puisse s'élever dans l'échelle de l'intelligence et du développement moral jusqu'au niveau des nationsles plus civilisées.
A moins d'un bouleversement européen dont les conséquencesdésastreuses sont de nature il faire reculer les plus hardis, mais qui, grâce au ciel, devient chaque jour moins probable, il nous paraîtévident que la précieuse conquête de notre nationalité ne peut être opérée que moyennant l'action combinée de toutes les forces vives dupays, c'est-à-dire par les princes nationaux franchement appuyés par tous les partis. L'histoire des trente dernières années, aussi bien quel'analyse des éléments dont se compose la société italienne démontrent à l'évidence combien peu de portée les révolutions militaires oudémocratiques peuvent avoir chez nous. Laissant donc de coté ces moyens impuissants et usés, les amis sincères du pays doivent reconnaîtrequ'ils ne peuvent coopérer au bien véritable de leur patrie qu'en se groupant autour des trônes qui ont des racines profondes dans le solnational et en secondant sans impatience les dispositions progressives que manifestent les gouvernements italiens. Cette conduite, conformeaux sages conseils que leur adresse un homme dont le patriotisme et les lumières ne sauraient être révoqués en doute, M. de Balbo, dans sonlivre si remarquable Des espérances de l'Italie,
ramènera l'union qu'il est si nécessaire de voir établie entre lesdifférents membres de la famille italienne, afin de mettre le pays à même de profiter, pour s'affranchir de toute domination étrangère, descirconstances politiques favorables que l'avenir doit amener.
Cette union que nous prêchons avec tant d'ardeur n'est pas sidifficile à obtenir qu'on pourrait le supposer, en jugeant la société d’après les apparences extérieures, ou en se laissant préoccuper par lesouvenir de nos tristes divisions. Le sentiment de la nationalité est devenu général, chaque jour il augmente, et déjà il est assez fort pourmaintenir réunis, malgré les différences qui les distinguent, tous les partis en Italie. Il n'est plus le partage exclusif ni d'une secte. nides hommes professant des doctrines exaltées. Aussi sommes-nous persuadés que l'appel éloquent que M. de Balbo a adressé naguère à tousles italiens aura fait vibrer plus d'une poitrine recouverte des insignes des premières dignités de l’État, et qu'il aura éveillé plusd'un écho parmi ceux, qui fidèles aux traditions de leurs ancêtres, font du principe de la légitimité la base de leurs croyancespolitiques.
Toutes les classes de la société peuvent, dans une certaine mesure,coopérer à cette ouvre importante. Tout ce qui a quelque instruction et quelque influence en Italie a, dans ce but, une mission partielle àremplir, depuis les écrivains distingués qui, ainsi que M. de Balbo et le comte Petitti, consacrent leurs efforts à instruire et à éclairerleurs concitoyens, jusqu'aux humbles individus qui, dans le cercle étroit où ils se meuvent, peuvent élever l'intelligence et le caractèremoral de ceux qui les entourent.
Tous ces efforts individuels, il est vrai, resteraient stériles sansle concours des gouvernements nationaux. Mais co concours ne nous fera pas défaut. Les méfiances que 1830 avait suscitées, longtempsentretenues par un parti faible de nombre, mais puissant par l'intrigue, sont presque entièrement dissipées. Nos souverains,rassurés, suivent leurs tendances naturelles, et chaque jour nous les voyons donner de nouvelles preuves de leurs dispositions paternelles etprogressives.
Il nous suffira de citer à cet égard ce qui se passe en Piémont. Ledéveloppement donne à l'instruction primaire, l'établissement de plusieurs chaires consacrées à l'enseignement des sciences morales etpolitiques, les encouragements accordés à l'esprit d'association appliqué aux arts aussi bien qu'à l'industrie, et plusieurs autresmesures, sans parler des chemins de fer, attestent suffisamment que l'illustre monarque qui règne avec tant d'éclat sur ce royaume estdécide cà maintenir cette politique glorieuse qui, dans le passé, à fait de sa famille la première dynastie italienne, et qui doit dansl'avenir l'élever encore à de plus hautes destinées. (3)
Mais, plus que tonte autre réforme administrative, autant peut-êtreque de larges concessions politiques, l'exécution des chemins de fer, contribuera à consolider cet état de confiance mutuelle entre lesgouvernements et les peuples, base de nos espérances à venir. Les gouvernements. en dotant les nations dont les destinées leur sontconfiées de ces puissants instruments de progrès, témoignent hautement des dispositions bienveillantes qui les animent et de la sécuritéqu'ils ressentent. De leur coté, les peuples, reconnaissants pour un si grand bienfait, seront portés a concevoir, a l’égard de leurssouverains, une foi entière, et, dociles, mais pleins d'ardeur, ils se laisseront guider par eux à la conquête de l'indépendance nationale.
Si les raisonnements qui précédent ont quelque fondement, on nesaurait nous contester que nous avions raison de placer l'action morale des chemins de fer en Italie au-dessus de leur action matérielle, et decélébrer leur introduction parmi nous comme le présage d'un meilleur avenir. C'est, pourquoi, empruntant le langage énergique de M. deBalbo, nous aimons à les signaler comme une des principales espérances de notre patrie.
(Revue Nouvelle — tome VIII — Livraison du 1er Mai).
(1) Nous appelons particulièrement l'attention de nos lecteurs sur ce travail que nous devons à M. C. de Cavour. Le nom de M. C. deCavour, un de ces étrangers qui ont su se faire une place distinguée dans les lettres françaises, est bien connu en Europe de ceux quisuivent avec intérêt la marche des questions économiques. Récemment, un écrit de M. de Cavour, sur les lois céréales du Royaume-uni, obtenaiten Angleterre un retentissement mérité. Nous ne croyons pas devoir prédire un moindre succès à cette étude sur les chemins de ferd'Italie, où il a su agrandir l’exposé d'une question économique par des considérations politiques dont tous les esprits sages et généreuxapprécieront l’élévation et la portée.
(Note du Directeur)
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Nicola Zitara mi chiese diverse volte di cercare un testo di Samir Amin in cui is parlava di lui - lho sempre cercato ma non sono mai riuscito a trovarlo in rete. Poi un giorno, per caso, mi imbattei in questo documento della https://www.persee.fr/ e mi resi conto che era sicuramente quello che mi era stato chiesto. Peccato, Nicola ne sarebbe stato molto felice. Lo passai ad alcuni amici, ora metto il link permanente sulle pagine del sito eleaml.org - Buona lettura! Le développement inégal et la question nationale (Samir Amin) |
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